Triumph Bonneville Bobber : le test

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Voici le premier test que nous réalisons du bobber de Triumph.

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, rappelez-vous de la définition que nous avions notée dans notre livre MOTORCYCLES :

« Le Bobber : le style est plus sportif, mais garde cet épurement à l’extrême. Né autour des années 30 et développé au fond des garages des “bad boys” de l’époque, ces motos incarnent le début des Hells Angels. Traditionnellement elles sont équipées d’une fourche à parallélogramme Springer, de roues de tailles identiques et d’un cadre rigide »

bobber dot

©Dessin réalisé par Cécile Brn

Il y a quelques jours, profitant d’un long week-end, j’ai eu la chance de rouler sur le bobber de Triumph. Ne roulant que sur un 4 cylindres depuis 1 an, je vous avoue avoir ressenti une légère dose d’appréhension devant une machine totalement différente, tant sur le plan du design, de la position de pilotage que du comportement. Je vous pose là les bases du test afin de bien saisir ce que j’ai vécu : je n’ai pas d’abs sur ma suzuki, pas d’anti-patinage, plus de frein arrière.

Prise en main

Il ne m’aura fallu que quelques minutes pour saisir la finesse du système RIDE BY WIRE. Connaissant, comme beaucoup, la sensation d’un accélérateur actionné par câble, la surprise est entière devant ce bijou de technologie. A peine la poignée tournée, je parle d’un léger mouvement de poignet pas d’un franc coup, la moto se meut. La sensibilité est tout bonnement déconcertante, nul besoin de force ni de précipitation pour voir mettre un grand coup dans les reins. Je vous mets donc en garde devant le souhait d’envoyer tel brutus devant Arruns. La délicatesse en de rigueur en première.

L’assise est particulière, l’expression du week-end fut sans appel : « comme sur un tabouret ». N’y voyez rien de médisant. Loin de là. Une fois au guidon du molosse, vous avez la simple impression de voir disparaître la moto sous vos yeux. Le design est tellement épuré que les commandes se font oublier, rien ne vient perturber le paysage. Le ton est donné, seules les sensations comptent. Installé sur le siège monoplace, les membres sont tous à l’équerre, l’ergonomie est totale. Le siège reprend les codes des bobbers d’après-guerre, ne cherchez pas de place pour un passager : c’est une moto de célibataire. L’assise est ferme, laissant présager une rigidité qui kilomètre après kilomètre pourrait ressembler au supplice de la goutte d’eau. Le siège épouse parfaitement les fessiers, étant légèrement relevé sur l’arrière il permet d’encaisser les accélérations sans craintes de glisser et de se retrouver sur le garde-boue arrière.

La position des jambes nous donne une idée du type de balade que cette moto apprécie : à la cool ! du cruising, du chilling pure et dure. Le corps n’est pas à proprement parlé engagé sur la route, il est plutôt face à la destination.

La sonorité de la ligne d’échappement d’origine n’est pas en reste. Le son au point mort est grave, rythmé, agréable, sans être trop présent. Un point positif. Cette moto sonne mais n’alerte pas la marée-chaussée. Une fois la montée dans les tours engagée ce n’est plus une petite anglaise discrète mais une vraie bête hurlante que vous chevauchez. La surprise est totale, la jouissance est à son paroxysme. L’envie de rouler dans les tours devient un besoin, j’en oublie la 5e et même la 6e vitesse (6 vitesse oui oui).

Par rapport à la concurrence, le son et les vibrations ne suivent pas la même courbe. Les vibrations sont bien atténuées, permettant un confort de conduite très appréciable.

Le design reprend à la perfection et avec un certain brio celui des bobbers originels. Je prends pour preuve la ligne générale très proche du cadre rigide de l’époque. Ici, le mono amortisseur est habilement dissimulé sous le siège, permettant un confort absent des véritables bobbers. Il est à noter que la selle est fixée sur un support rigide. Le designer est très pertinent dans ses choix. Il ne manque que la fourche Springer pour que l’illusion soit parfaite. D’ailleurs si un préparateur se sent l’ambition de plonger dans une telle modification …

Performances moteur

Le Bobber est monté sur le 1200cc de la Bonneville, la cartographie est revue, la couronne arrière aussi. Somme toute, c’est la puissance d’une bonneville à la sauce américaine. Elle pousse fort, elle ne vacille pas en seconde même à 100km/h, elle tient bon sans fléchir, le passage en 3e se fait sans heurt, elle prend les tours en rugissant, la 4e se fait sentir vers 140km/h, et là bien sûr la loi ne rappelle à l’ordre. Je vous laisse donc fantasmer le reste … Fermez les yeux, vous y êtes ! Entre les vibrations douces et le son brutal, votre esprit s’évade à la vitesse de la lumière. Vous n’êtes plus sur une moto mais assis sur des sensations, une machine à produire du sens à votre chemin, le sourire est accroché bien haut et il le restera. Chaque passage de vitesse ouvre un nouvel univers. Vous avez le choix entre cueillir les pâquerettes et saluer les vaches ou envoyer du bois le corps penché sur le réservoir. A vous de savoir quel type de motard vous êtes à l’instant T.

Le moteur se repose vers 2500 tours et se réveille dès la poignée des gaz tournée. Ce bobber se révèle vers 3500 tours, serrez fort les poignées le voyage commence. En ligne droite la moto est stable, vos mains peuvent se libérer le temps d’un selfie ! 😉 En virage, la moto se place sans difficulté (sous couvert de savoir se placer, je le rappelle c’est extérieur-intérieur-extérieur) tant que la vitesse est modérée. Passée la barre des 100km/h il va vous falloir sortir une fesse pour négocier les courbes. Là encore, elle ne faiblit pas. C’est un hybride entre cracheur de gomme et avaleur de bitume.

Sur route humide voire mouillée, j’avoue avoir béni la fonction idoine. Elle vous permet de vous concentrer sur la route sans avoir peur de l’erreur. C’est un vrai plus pour un novice. La fonction anti-patinage (débrayable) vous assurera des démarrages musclés sans pâlir ! Croyez-moi. Vous pouvez tenter sans mais accrochez-vous, les sensations sont au rendez-vous. A l’aise sur route mais aussi sur chemin, elle s’en tire très bien dans les chemins escarpés, raides, caillouteux, et rempli de pièges … elle se conduit sans mal debout sur les cale-pieds !

Kilomètre après kilomètre cette moto séduit, elle envoûte, elle s’est se montrer présente et se faire oublier.

Allez, parce que je suis vraiment objectif : après 250 km l’assise se fait sentir par sa rigidité ! Mais bon, n’est-ce pas le problème de toutes les motos ? Son seul problème : ne pas en être propriétaire.

Merci à Triumph France pour ce prêt.

Merci à Ju aka KRULL et Mylène pour les photos


 

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